Vers un plaidoyer pour la diffusion du court en salles

Un article de Paul Landriau – À l’ère de la mondialisation, de la diffusion internationale des courts-métrages grâce à des outils internet de plus en plus développés et d’un public toujours friand de découvrir les perles des créateurs d’ici et d’ailleurs, il serait grand temps de remettre en question le modèle de diffusion classique de films en salles.

Il y a très longtemps, une séance au cinéma vous donnait droit à des « actualités » (que l’avènement de la télévision a rendu obsolètes), un court-métrage et un long. Bien souvent, ces courts ont endurés l’épreuve du temps bien mieux que ces longs. On parle d’un âge d’or pour le format, alors que les studios les plus prestigieux rivalisaient d’audace afin d’impressionner le public. C’est à cette époque que fleurirent les Chuck Jones, Tex Avery, Bob Clampett. Revenons encore un peu plus loin dans le temps pour admirer l’oeuvre incroyable des Charlie Chaplin, Buster Keaton, Harold Lloyd, Harry Langdon.

De nos jours, Pixar reste l’un des seuls studios à proposer systématiquement un court avant ses longs. Le Joueur d’échecs (Geri’s Game) est d’une simplicité et d’une ingéniosité sans pareilles. Pourquoi alors est-ce que ce studio représente l’exception plutôt que la règle?

D’une part, il faut trouver des courts-métrages de qualité. Heureusement au Québec, la vitalité du court-métrage n’a rien a envié au long-métrage. Plusieurs centaines de courts-métrages sont produits au Québec chaque année, qui régulièrement voyagent dans les évènements les plus prestigieux. D’autre part, en ajoutant disons 15 minutes à une projection, le distributeur ne peut optimiser le nombre de présentations d’un même film lors d’une journée. Ainsi, lorsqu’une méga-production comme Omertà prend l’affiche, il sort sur le plus d’écrans possibles le plus grand nombre de fois possible dans une même journée. Ici réside sans doute le nerf de la guerre. Le cinéphile en moi proposera alors de diminuer le nombre de bandes-annonces présentées avant une séance, particulièrement à l’ère des cellulaires intelligents, des partages de vidéos sur les médias sociaux. Il y a plusieurs avenues possibles pour présenter des aperçus de films.

Nul besoin de spécifier les avantages que présenteraient une telle diffusion pour les artisans des dits courts, mais quid des distributeurs? Car ils pourraient effectivement en tirer avantage à long terme. Prenons le cas de Guy Édoin. Ce cinéaste propose une trilogie de courts-métrages primés dans plusieurs festivals, mais reste peu connu du grand public. En 2011, il lance son premier long-métrage, Marécages, film très bien reçu par la critique et cumulant un peu plus de 20 000 entrées, ce qui est relativement peu. Et si ses courts avaient été diffusés en salles? Si le public retenait son nom? Est-ce que le succès financier aurait été plus grand? Vous voyez ainsi comment un distributeur, en s’associant avec un cinéaste, peut éventuellement en retirer du succès.

Le marché bouge déjà, on voit plusieurs belles initiatives qu’il fait bon souligner. Depuis plusieurs années, l’organisme Prends ça court récompense les artisans d’ici et permet une diffusion à plusieurs d’entre eux. Air Canada dispose d’un programme de diffusion pour certains courts. L’avènement de la plateforme Tou.tv permet la diffusion facile et instantanée de plusieurs courts, tandis qu’Illico en propose sur demande.

Cependant, ils seront plusieurs à vous le confirmer, rien n’égale le sentiment de vivre l’expérience de voir son court-métrage diffusé en salles. Ainsi, le Festival de Cinéma de la Ville de Québec propose une belle initiative; chacun de ses longs-métrages est précédé d’un court, bien souvent « assorti » par le thème ou le propos au programme principal. Parlez-en à Colin Racicot qui a vu son film L’Invité ouvrir L’Artiste en 2011 devant une salle comble.

Le cas Chloé Robichaud sera intéressant à observer en 2013. Son court, Chef de meute a vécu un parcours incroyable. Sélectionné en compétition officielle à Cannes, il fait depuis la tournée des festivals dans le monde. Il a également eu la chance d’être présenté devant Le Prénom cet hiver en salles, des Films Séville. Elle présentera son premier long quelque part cet automne, Sarah préfère la course, que Les Films Séville distribue également. Si le film est un succès commercial, gageons que les initiatives du genre se multiplieront. Qui sait, peut-être sommes-nous à l’aube d’un âge d’or du court québécois?

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